Vous nettoyez la façade, et deux ans plus tard les mêmes traînées noires redescendent sous les mêmes fenêtres. Ce n'est pas le nettoyage qui était mauvais. C'est que l'eau continue de faire exactement ce qu'elle faisait avant : couler sur le mur au lieu de tomber dans le vide.
Quand il pleut, l'eau s'accumule sur toutes les surfaces horizontales de la maison : appuis de fenêtre, bandeaux, têtes de murets, acrotères, dessus de garage.
Si cette surface est plate, l'eau stagne. Si elle ne dépasse pas assez du mur, l'eau repart vers la façade. Et si rien, en dessous, ne l'oblige à se détacher, elle longe la sous-face et redescend sur l'enduit en emportant les poussières avec elle.
Résultat : deux traits noirs qui partent des angles de la fenêtre, un voile gris sous le bandeau, et un bas de muret qui s'effrite parce que sa tête boit l'eau depuis vingt ans.
C'est mécanique, ce n'est pas de la malchance, et c'est réparable.
La couvertine
Ce que fait une couvertine
Une couvertine, c'est le chapeau d'un mur. Elle se pose sur la tête d'un muret, d'un mur de clôture, d'un acrotère ou d'un muret de terrasse, et elle fait trois choses à la fois.
Elle empêche l'eau d'entrer par le haut. Un mur maçonné non couvert absorbe l'eau par sa tête, elle descend dans la maçonnerie, et au premier gel elle fait éclater l'enduit par plaques. Les murets de clôture du secteur en sont pleins.
Elle donne une pente. L'eau ne stagne plus, elle part d'un côté choisi, en général vers l'intérieur de la propriété plutôt que sur la façade.
Elle déborde des deux côtés, avec un retour en sous-face. C'est cette petite lèvre retournée, la goutte d'eau, qui oblige la goutte à tomber au lieu de revenir coller au mur. Sans elle, une couvertine est juste une décoration.
L'appui
Ce que fait un appui de fenêtre
Même logique, en plus petit et en plus visible.
Un appui correct a une pente vers l'extérieur, un relevé à l'arrière contre la menuiserie pour que l'eau n'entre pas sous la fenêtre, un débord devant, une goutte d'eau en sous-face, et des retours latéraux qui rentrent dans les tableaux pour que l'eau ne parte pas sur les côtés.
C'est ce dernier point qui manque le plus souvent. Les deux traînées noires qui descendent pile aux angles de votre fenêtre viennent de là : l'eau sort par les côtés de l'appui et se jette sur l'enduit.
Sur les maisons de trente à cinquante ans, on trouve beaucoup d'appuis béton coulés à plat, sans débord et sans goutte d'eau. Ils n'ont jamais fonctionné. On ne les répare pas, on les recouvre.
Le matériau
Pourquoi l'aluminium
Parce qu'il se plie sur mesure. On relève la cote réelle de chaque ouverture et de chaque muret, et la pièce est pliée à cette dimension. Pas de recoupe approximative, pas de morceau rapporté.
Parce qu'il se pose en une seule longueur sur la plupart des appuis. Moins de joints, donc moins d'endroits par où l'eau peut passer dans cinq ans.
Parce qu'il ne rouille pas et qu'il ne se fend pas au gel. En bord de mer, c'est l'argument principal.
Parce qu'il se laque dans la teinte que vous voulez, y compris celle de vos menuiseries. Un appui gris anthracite sous une fenêtre gris anthracite, ça change une façade.
Parce qu'il est léger et qu'il se pose par-dessus l'existant, sans démolir l'appui béton en place.
Ce n'est pas la seule solution. La pierre, le béton préfabriqué avec rejingot, le zinc font aussi le travail, et sur une maison ancienne en pierre l'alu n'est pas toujours le bon choix esthétique. Ce qui compte n'est pas le matériau, c'est la pente, le débord et la goutte d'eau. L'aluminium se contente de les donner de série.
Les quatre défauts qui font couler une façade neuve
Pas de débord. La pièce s'arrête au nu du mur. L'eau descend directement sur l'enduit.
Pas de goutte d'eau en sous-face. Elle déborde mais rien ne détache la goutte, qui remonte par capillarité sous la pièce et retombe contre le mur.
Pas de retour latéral. L'eau s'échappe par les extrémités, et ce sont les deux traits noirs verticaux.
Une fixation traversante sur le dessus. Visser une couvertine par sa face supérieure, c'est percer le seul endroit qui doit rester étanche. Les fixations se font par pattes, par clips ou en partie basse.
Le test se fait chez vous, sans outil : passez la main sous votre appui de fenêtre. Si la sous-face est parfaitement lisse jusqu'au mur, il n'y a pas de goutte d'eau, et c'est par là que descendent vos traînées.
Une pose, en trois photos
Voilà à quoi ressemble le remplacement d'un appui, du support d'origine à la pièce en place. C'est un chantier d'une demi-journée sur une ouverture, et il n'y a rien de spectaculaire à voir : ce qui change, c'est le trajet de l'eau les dix prochaines années.
Étape1
L'appui d'origine
Le support avant pose : un appui béton coulé avec la maison, arrivé au nu du mur, sans débord franc et sans goutte d'eau en sous-face. Il n'est pas cassé, il n'a simplement jamais renvoyé l'eau ailleurs que sur la façade.
Étape2
Le cordon de colle
La colle est déposée en serpentin sur toute la longueur de l'appui. Le serpentin n'est pas décoratif : il laisse à l'air un chemin pour sortir, et il répartit l'appui de la pièce au lieu de la faire porter sur trois points. Rien ne traverse le dessus de l'appui, aucune vis, aucune perforation.
Étape3
L'appui posé
La pièce d'aluminium en place, pliée à la cote relevée sur cette ouverture. Elle déborde du mur, elle a sa pente vers l'extérieur et son retour en sous-face. À partir de là, l'eau tombe dans le vide au lieu de longer l'enduit.
Chantier réalisé à Rezé. Les trois photos sont de la même ouverture, prises dans l'ordre de la pose.
La méthode
Comment on procède
Le relevé. Chaque ouverture est mesurée, avec son tableau et son épaisseur de mur. Sur une maison, deux fenêtres de la même façade n'ont pas toujours la même cote.
Le pliage. Les pièces sont façonnées sur mesure, avec la pente, le relevé arrière, le débord et la goutte d'eau.
La préparation du support. On nettoie la tête de mur ou l'appui existant, on reprend ce qui est épaufré, et on rattrape la pente au mortier si elle est inversée. Poser une couvertine sur une tête de mur qui pend vers la façade ne règle rien.
La pose. Fixations adaptées au support, calfeutrement aux jonctions avec la menuiserie et les tableaux, et sur les grandes longueurs, des joints qui laissent l'aluminium se dilater. Une couvertine posée bord à bord sans jeu se déforme au premier été.
Le raccord avec la façade. C'est le point commun à tout ce site : la finition se juge aux jonctions.
Le calendrier
Le bon moment, c'est pendant le ravalement
Deux raisons, et la seconde est celle qu'on découvre trop tard.
La première : l'échafaudage est monté, l'accès aux appuis est là, et l'enduit se raccorde proprement sur des pièces neuves. Faire l'inverse, c'est-à-dire changer les appuis après un ravalement, oblige à reprendre l'enduit autour de chaque ouverture.
La seconde concerne l'isolation par l'extérieur. Une ITE ajoute plusieurs centimètres d'épaisseur sur le mur. Les appuis existants, qui dépassaient déjà à peine, se retrouvent alors au ras du nouvel enduit, voire en retrait. À ce moment-là, ils ne débordent plus du tout, et une façade neuve se met à couler dès la première année. Les appuis se refont donc en même temps que l'isolation, pas en option.
Le nettoyage enlève les traînées. Il n'enlève pas la cause.
Sur une façade dont les appuis fonctionnent, un nettoyage tient longtemps. Sur une façade dont les appuis renvoient l'eau sur le mur, les mêmes traces reviennent, au même endroit, dans le même délai.
Quand je passe pour un nettoyage et que je vois ça, je le dis. Vous faites ce que vous voulez de l'information, mais vous l'avez avant de payer deux fois.
Remplacer des appuis à l'identique, sans changer l'aspect vu de la rue, ne demande rien.
Poser des couvertines et des appuis d'une autre teinte ou d'un autre matériau, visibles depuis l'espace public, modifie l'aspect extérieur : c'est une déclaration préalable. Dans la pratique, ces pièces font partie du même dossier que le ravalement ou l'isolation, et il n'y a pas de démarche supplémentaire à faire.
Sur Bouaye, Bouguenais et Saint-Jean-de-Boiseau, le dépôt se fait sur eservices.nantesmetropole.fr. Sur les autres communes, voyez avec votre mairie.